LE MAL-ÊTRE NOUS VA SI BIEN *

EDITION 3

Voici le Soma2, une pilule miracle qui vous fera sentir extrêmement bien. Un bien-être instantané qui vous fera oublier tous vos soucis. Qui n’a jamais eu ce sentiment d’apaisement extrême où on se sent simplement bien ?  On a tous certainement déjà ressenti ce sentiment de volatilité qui nous entoure de ses bras et qui nous fait croire que tout va « bien dans le meilleur des mondes »3. On veut se sentir bien, apaisé, calmé, relaxé, sans problème, sans stress, sans mauvaise pensée, et plein d’autres mot que l’on peut rapporter à un état de bien-être. Mais qu’est-ce que le bien-être ? Une question qui aura autant de réponse différente que d’être humain à mon sens et sans m’étaler sur le sujet, je spécifierai simplement que le bien-être est un état où l’on se sent bien, où on est heureux et le plus important de tous où on a du plaisir. À l’opposé se trouvant le mal-être incluant le malheur et la tristesse.  On aimerait tous bien sûr avoir du soma comme dans « Brave New World » d’Aldous Huxley, surtout en ces temps anxiogènes de confinement, ou encore vivre dans l’opulence comme un baron dans un château au nom affreux4. Qui ne s’est jamais laissé tenter par son imagination et s’est mis à rêver d’une richesse qui lui permettrait d’avoir tout ce qu’il voulait et de se sentir bien ? Mais est-ce que l’on veut vraiment se sentir bien ? Se sentir bien tout le temps ? Veut-on vraiment le bien-être ? Que serait-on prêt à faire pour atteindre ce bien-être ? 

Cette quête du bien-être est omniprésente que ce soit dans la vraie vie ou bien dans les romans, ou tout autre divertissement. Les histoires – écrites ou orales – reprennent souvent cette thématique. Les contes féeriques par exemple – des histoires qui se répètent depuis des générations – se terminent par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». On s’imaginerait donc presque que notre propre histoire tendrait vers le bonheur et accessoirement à avoir beaucoup d’enfants. De même pour les films qui pour la plupart se terminent en happy end comme si tout se résolvait après un moment où tout va mal. Au théâtre, plus précisément dans les tragédies de l’antiquité, on finit en hécatombe.

Comme si – bien sûr d’autres interprétations sont possibles – la mort est la seule solution pour régler le chaos, pour retourner à un état où tout allait bien. Par ailleurs, on pourrait rétorquer qu’il n’y a pas lieu d’avoir une histoire où tout va bien. Ce serait bien-sûr assez ennuyeux de regarder un Tony Stark en train de gérer son business d’armes. Il serait ennuyant de lire une Alice[1] qui vaque à ses occupations de petite fille sans monde imaginaire. 

Donc le mal-être et le malheur sont bien plus utiles que le bien-être ou le bonheur. Il n’y a pas d’histoire sans un malheur qui vient faire effraction dans le quotidien. Dans la plupart des histoires, c’est seulement après un événement que l’on pourrait qualifier de malheureux que le héros se trouve changé pour le plus grand bien. Tony Stark[1], c’est à la suite d’une grande catastrophe qu’il devient Iron Man. Tous les héros depuis la mythologie jusqu’à nos jours doivent passer par un événement malheureux où ils sont en proie aux doutes, à la tristesse, à la confusion, au mal-être et c’est après cet événement qu’ils se retrouvent changés ; le plus souvent en mieux qu’en pis. Dans cette perspective, on pourrait même dire que le malheur dans lequel on est maintenant est pour notre mieux. On sera meilleur qu’avant. 

Ainsi j’ajouterais que l’humain en général veut être meilleur, à la curiosité de découvrir la vie et pour avoir un changement, une maturation, il faut un événement marquant qui questionne. De ce fait, personne ne désire se sentir bien pour longtemps puisque c’est un événement tragique qui permet d’atteindre le meilleur de nous-même. Dès lors on cherche ou on cause nos propres problèmes s’ils ne viennent pas d’eux-mêmes. Il y a des exemples à gogo de protagonistes qui ont tout pour se sentir bien mais tout de même veulent vivre une aventure, qui veulent quelque chose qui brise la tranquillité de la vie. Sherlock Holmes[1], grand maître de la déduction, en est l’exemple parfait. Il est intelligent, observateur, fort, charismatique selon les dires de Watson et pourrait devenir un éminent philosophe ou scientifique selon Mycroft, son frère. Nous pourrions dire qu’il ne manque de rien pour vivre une vie de succès et paisible comme son némésis : Moriarty.

Pourtant, dans les livres de Conan Doyle, même dans les séries, ainsi que les moultes films qui mettent en scène ses aventures, il ne cesse de se plaindre de son ennui et du manque de crime. Il ne cherche pas à avoir une vie paisible ni le bien-être mais plutôt quelque chose – un crime des plus horrible – qui puisse faire effraction dans ce que d’autres pourraient désirer comme vie. N’ayant pas cette effraction d’un événement souvent qualifié d’épouvantable, Holmes s’adonne souvent à la cocaïne alors que son médecin et son plus proche ami – Watson – le déconseille fortement. 

On a certainement tous un événement, une histoire où on a cherché consciemment ou inconsciemment les problèmes. Pensez à un moment où vous n’aviez pas de problème, où tout allait bien pour vous et ensuite vous avez entrepris de faire quelque chose qui a mal tourné. Peut-être qu’il y avait une meilleure option mais vous avez tout de même décider de continuer sur votre choix. Peut-être que vous saviez que c’était voué à l’échec mais vous avez tout de même choisi de mettre tout en œuvre jusqu’à vous rendre compte que c’était voué à l’échec depuis le début. La tranquillité d’une vie paisible, le choix de ne rien faire nous dérange et il faut qu’il y ait effraction pour que l’on puisse prendre du plaisir. Nous voulons notre malheur quitte à le causer nous-même. 

Et on arrive au point final qui est que le plaisir d’une vie paisible, le bonheur, le bien-être n’existent que parce que l’on peut aussi avoir l’opposé. Ce n’est le bien-être qui nous fait sentir bien mais plutôt le mal-être. Ce n’est pas le bonheur qui nous rend heureux mais plutôt le malheur. C’est une vie agitée qui fait que l’on prend plaisir à une vie paisible. Ce n’est ni une drogue, ni toute la richesse du monde qui nous fera nous sentir bien mais le calme issu du malheur. En cette période de corona, nous sommes tous anxieux, nous sommes stressés, nous sommes face à l’inconnu qui peut nous faire peur. C’est tout à fait naturel. Mais le plaisir, le calme, la joie qui s’ensuivra fera certainement partie des plus heureuse de notre vie. Je vous propose en conclusion une modification de la phrase qu’oncle Ben disait à Peter Parker : 

« Un grand bien-être implique toujours un grand malheur »

G. Fatih

Notes

* Titre modifié du film fantastique « La mort vous va si bien » de Robert Zemeckis où deux femmes essaient de s’entretuer. 

2. Soma, une pilule utilisée dans le monde dystopique qu’Aldous Huxley met en scène dans son roman « Brave New World » pour que tout le monde se sentent bien mais qui le but politique est d’uniformiser les pensées et que personne ne révolte.

3. Pangloss prononce ces mots dans « Candide » de Voltaire. Pangloss incarnant Leibnitz qui a proposé la théorie de l’optimisme qui est critiqué par Voltaire. 

4. Dans « Candide », le château où vit Pangloss est le château de Thunder-ten-tronckh.

5. Personnage issu du roman « Alice aux pays des merveilles » de Lewis Carroll. Elle voyage à travers le pays des merveilles, un monde imaginaire où elle va rencontrer différents personnages surréalistes.

6. Super-héros de l’univers cinématographique Marvel (Avengers, Captain America, Spiderman, etc.). C’est un richissime vendeur d’arme de haute technologie qui à la suite d’un accident se remet en question et devient Iron Man.

7. Célèbre détective créé par l’écrivain Conan Doyle. Sherlock Holmes doué d’un sens de l’observation hors normes et d’une grande intelligence se met au service de la justice juste pour le plaisir de résoudre des énigmes. 

8. Dr. John Watson est celui qui épaule et qui est aussi le plus proche – si ce n’est le seul – ami de Sherlock Holmes.

9. Mycroft Holmes qui possède les mêmes talents que son frère Sherlock Holmes mais qui les mets au service du gouvernement anglais et de Majesté la Reine.

10. Pr. James Moriarty considéré comme « le Napoléon du crime » est le némésis de Sherlock Holmes. Il possède de même une intelligence hors normes qu’il utilise pour la gloire et la richesse.

11. Personnage dans Spiderman de l’univers cinématographique Marvel qui la mort marqua à tous jamais le destin de Peter Parker. Il prononça à Peter Parker la phrase suivante : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » quelques heures avant de mourir.

12. Peter Parker, un adolescent qui devient Spiderman à la suite d’une morsure d’araignée génétiquement modifié